"Car qu'est-ce donc l'écrivain contemporain si ce n'est un Persan animique, un fantôme surgi des faubourgs de l'eurocentrisme pour revendiquer l'humanité des marginaux, faire reculer les frontières de toute chair vivante et de tout esprit éveillé au-delà des dogmes proclamés et défendus par des théocraties industrielles, et même préindustrielles, qui transforment en bouffons ou en martyrs les écrivains qui tournent le dos aux autels de néon, préfèrent contempler l'abîme en feu ou la jungle affamée ou le vide du désert, proclamant:"Ceci aussi c'est la terre des hommes." ?
Peupler les déserts qui entourent les oasis de satisfaction, prêter voix à l'insurrection du silence, remplir les pages blanches de l'histoire, nous rappeler et rappeler à nos contemporains que nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes possibles. Le romancier a fait reculer les frontières du réel, créant plus de réalité au moyen de l'imagination, donnant à comprendre qu'il n'y aura pas plus de réalité humaine si celle-ci n'est pas créée par l'imagination."
Carlos Fuentes, Géographie du roman.